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Cas de non-conformité

Ils pensaient être protégés par leurs caméras. Ce sont leurs caméras qui les ont condamnés. Six histoires vraies, sourcées — et ce qu'il aurait fallu faire.

Pourquoi cette page

Une caméra non conforme ne vous protège pas. Elle se retourne contre vous.

Le scénario se répète devant les tribunaux et la CNIL : un employeur victime d'un vol perd son procès, une enseigne paie 100 000 € pour des caméras cachées, un commerçant est condamné pour des images qu'il n'avait pas le droit d'enregistrer. Trois mécanismes, toujours les mêmes.

La preuve est écartée

Images illicites = images inopposables. Le salarié fautif obtient des indemnités, le client indélicat n'est jamais poursuivi. Le vol reste, la preuve disparaît.

La CNIL sanctionne

Une plainte de salarié suffit à déclencher un contrôle. Amendes proportionnelles au chiffre d'affaires, publication de la décision, injonctions sous astreinte.

Le pénal s'en mêle

Vidéoprotection sans autorisation préfectorale : jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. Atteinte à la vie privée : jusqu'à un an et 45 000 €.

100 000 caméras cachées dans un grand magasin — CNIL, 2025
40 000 salariés filmés et écoutés en continu — CNIL, 2024
0 récupérés par l'employeur volé dont les images étaient illicites — Cass. 2018
100 €/jourd'astreinte pour des caméras mal orientées — TJ Lille, 2024
Réserve d'un commerce : une employée glisse un article dans un sac
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Elle avait avoué le vol. Elle a quand même gagné.

Licenciement annulé, indemnités à verser

Une salariée est filmée en train de dérober des marchandises. Convoquée par la police, elle reconnaît les faits. L'employeur la licencie pour faute grave, persuadé d'avoir un dossier en béton : des images, et des aveux.

Devant les prud'hommes, un détail change tout : le système de vidéosurveillance n'avait jamais été porté à la connaissance des salariés. Les images sont donc illicites — et la Cour de cassation juge que l'aveu obtenu à partir de ces images l'est aussi.

Résultat : licenciement sans cause réelle et sérieuse. L'employeur, victime d'un vol avéré, est condamné à indemniser la voleuse.

Faux détecteur de fumée dissimulant une caméra au plafond d'une réserve
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Des caméras cachées dans de faux détecteurs de fumée.

100 000 € d'amende, sanction rendue publique

Août 2023 : pour lutter contre des vols en réserve, un grand magasin parisien fait installer des caméras dissimulées dans des boîtiers imitant des détecteurs de fumée. Elles filment — et enregistrent le son des conversations des salariés.

Un mois plus tard, des employés découvrent le dispositif. Plainte, contrôle, procédure. La CNIL relève l'absence de loyauté, la captation sonore disproportionnée, l'absence d'analyse d'impact et de consultation du délégué à la protection des données, un registre incomplet et des enregistrements mal sécurisés.

La CNIL admet qu'une surveillance dissimulée peut, très exceptionnellement, se justifier — à condition d'être documentée, limitée dans le temps et strictement proportionnée. Ici, aucune de ces conditions n'était remplie.

Espace de pause d'une petite agence filmé depuis un téléphone
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Filmés et écoutés en continu, même pendant la pause.

40 000 € d'amende

Deux caméras filment en permanence, image et son, les zones de travail et de pause d'une petite agence immobilière. Les responsables peuvent regarder en direct depuis leur téléphone. En parallèle, un logiciel mesure les périodes d'« inactivité » des salariés — 3 à 15 minutes sans clavier — avec retenues sur salaire à la clé, et capture régulièrement leur écran.

Les salariés n'ont été informés qu'oralement. Aucune analyse d'impact n'a été réalisée. Un compte administrateur partagé rend impossible de savoir qui a consulté quoi.

La CNIL retient une atteinte disproportionnée à la vie privée et sanctionne, malgré la petite taille de l'entreprise et le retrait du logiciel pendant le contrôle.

Caméra dôme de bureau dont l'objectif est masqué par un morceau d'adhésif
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Six ans de caméra braquée sur les bureaux, trois avertissements ignorés.

20 000 € d'amende, soit 2,2 % du chiffre d'affaires

Dans les bureaux d'une agence de traduction, une caméra filme en continu les traducteurs à leur poste, de 2013 à 2019. Des salariés se plaignent. La CNIL rappelle la règle en 2013, puis en 2016, puis met l'entreprise en demeure en juillet 2018.

La réponse de l'employeur : un morceau d'adhésif collé sur l'objectif. La caméra n'est réellement retirée qu'en mars 2019, une fois la procédure de sanction ouverte.

La CNIL rappelle qu'une surveillance permanente des salariés est « manifestement disproportionnée et excessive », sauf circonstances exceptionnelles — manipulation de valeurs, vols documentés.

Devanture d'une pizzeria parisienne la nuit
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Il a vendu les images de ses caméras. Elles n'étaient pas autorisées.

10 000 € d'amende, 5 000 € par victime

Le 13 novembre 2015, les caméras d'une pizzeria parisienne enregistrent l'attaque terroriste devant l'établissement. Six jours plus tard, le gérant vend les images à un tabloïd britannique, avec l'aide de deux personnes qui neutralisent le verrou de sécurité de l'enregistreur.

Au procès, un fait aggrave tout : le système de vidéoprotection n'avait jamais reçu d'autorisation préfectorale. Le tribunal juge le comportement « d'une indéniable gravité » et relève que le gérant a « monnayé avec empressement » les images d'un drame.

Le gérant est condamné sur le fondement du Code de la sécurité intérieure et du Code pénal ; ses complices aussi.

Caméra fixée à une fenêtre, orientée vers le passage des voisins
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Ses caméras filmaient le passage des voisins. 100 € par jour de retard.

Retrait ordonné sous astreinte

Un propriétaire installe des caméras à sa fenêtre, orientées vers un chemin grevé d'une servitude de passage qu'empruntent ses voisins. Aucune autorisation, aucune information, un champ qui couvre les allées et venues de tiers.

Le tribunal rappelle que le droit de propriété s'arrête où commence la vie privée des autres et qualifie l'atteinte d'« importante ».

Les caméras doivent être retirées dans les deux mois, sous astreinte de 100 € par jour de retard pendant six mois.

Le contre-exemple qui ne doit pas vous rassurer

« Depuis 2023, le juge peut accepter une vidéo illicite. » Vrai — et c'est un pari perdant.

Le 22 décembre 2023, l'assemblée plénière de la Cour de cassation a changé la règle : une preuve illicite ou déloyale n'est plus écartée d'office. Le juge peut l'admettre si elle est indispensable au droit à la preuve et si l'atteinte à la vie privée est strictement proportionnée. Le 14 février 2024, la chambre sociale a ainsi validé le licenciement d'une salariée de pharmacie confondue par des caméras installées sans consultation du CSE ni information : vols répétés, dix-neuf anomalies en moins de deux semaines, aucune autre preuve possible.

Pourquoi ne pas compter dessus ?

  • C'est le juge qui tranche, au cas par cas, après des mois de procédure. Le 8 mars 2023, la même Cour a écarté une vidéo parce qu'un audit prouvait déjà les faits : elle n'était pas « indispensable ».
  • L'admission de la preuve n'efface pas l'illicéité. La CNIL et le juge pénal sanctionnent le dispositif quoi qu'il arrive, et l'illicéité reste le premier argument de l'avocat adverse.
  • La conformité coûte quelques formalités ; le pari coûte un procès. Information des salariés, consultation du CSE, autorisation préfectorale, affichage : c'est ce que nous faisons pour vous.

Sources : Cass. ass. plén. 22 déc. 2023, n° 20-20.648 · Cass. soc. 14 févr. 2024, n° 22-23.073 · Cass. soc. 8 mars 2023, n° 21-17.802

Façade de la Cour de cassation, allégorie sculptée de la JusticeCour de cassation, assemblée plénière — 22 décembre 2023 : la preuve illicite n'est plus écartée d'office, mais reste un pari.
Ne devenez pas le prochain cas

Cinq réflexes qui auraient évité chacune de ces histoires

  1. Informer avant d'allumer. Panneaux à chaque entrée, note écrite à chaque salarié, consultation du CSE : sans cela, vos images ne valent rien.
  2. Obtenir l'arrêté préfectoral dès qu'une caméra filme du public — une seule suffit — et le renouveler tous les cinq ans.
  3. Ne jamais filmer un poste de travail en continu, ni les pauses, ni les vestiaires, ni les toilettes ; jamais de son.
  4. Documenter : registre des traitements, AIPD lorsque le dispositif l'exige, accès nominatifs et tracés, durée de conservation paramétrée.
  5. Répondre à la première lettre de la CNIL ou de la préfecture. Chaque mois de silence aggrave la sanction.

Où en êtes-vous, vraiment ?

Trois minutes de questions, un résultat indicatif immédiat : régime applicable, points de vigilance, et ce qui vous manque pour être opposable.

Faire le pré-diagnostic

Vous avez déjà reçu un courrier de la CNIL ou de la préfecture ? Appelez-nous aujourd'hui : les délais de réponse sont courts.

Vos caméras doivent vous protéger, pas vous exposer

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