La vidéosurveillance pharmacie cumule deux exigences : l'officine est un lieu ouvert au public, donc soumis à l'autorisation préfectorale dès la première caméra, et c'est aussi un lieu de soins où le secret professionnel s'impose à tous. Comptoir, espace de confidentialité, armoire à stupéfiants, préparatoire : chaque caméra doit trouver sa place entre ces deux impératifs.
Le problème du titulaire : une officine exposée, des patients à protéger
Les pharmacies figurent parmi les commerces les plus exposés aux vols à l'étalage, aux agressions au comptoir et aux tentatives de détournement de médicaments. Beaucoup de titulaires ont donc installé des caméras lors d'un réagencement, sans que l'installateur évoque la préfecture. Le dispositif fonctionne des années sans arrêté, jusqu'à ce qu'une plainte, une visite de la commission départementale ou un contrôle de la CNIL le fasse apparaître.
L'officine ajoute une difficulté inconnue d'une boutique ordinaire : au comptoir, on parle de traitements, on tend des ordonnances, on pose des questions intimes. Une caméra trop bien placée capte des données de santé qu'elle n'a aucune raison de collecter, sous la responsabilité du titulaire, garant du secret.
Vidéosurveillance pharmacie : le cadre applicable à l'officine
Une officine est un lieu ouvert au public exposé aux agressions et aux vols au sens du Code de la sécurité intérieure. Les caméras qui filment l'espace de vente, l'entrée, les rayons et les comptoirs relèvent de la vidéoprotection : autorisation du préfet après avis de la commission départementale, avant la mise en service, valable cinq ans (art. L.252-1 et L.252-4 CSI). Le public en est informé par des panonceaux à l'entrée (art. R.253-6 CSI), et les images sont détruites au plus tard un mois après l'enregistrement, selon la durée fixée par l'arrêté.
Préparatoire, réserve, bureau et local du personnel ne sont pas ouverts au public : ces caméras relèvent du RGPD et du Code du travail, sans dossier préfectoral, avec registre, information écrite des salariés et proportionnalité. Régime général sur notre page Ce que dit la loi.
Deux règles propres à la profession s'y superposent. L'espace de confidentialité, que l'officine doit aménager pour recevoir isolément les patients (art. R.5125-9 du Code de la santé publique), est par nature incompatible avec une caméra qui le cadre. Et le secret professionnel, qui s'impose au pharmacien comme à ses collaborateurs (art. R.4235-5 CSP), interdit qu'un enregistrement vidéo permette de lire une ordonnance, un écran de délivrance ou une boîte de médicament identifiable dans la main d'un patient.
Comptoir, confidentialité, stupéfiants : placer chaque caméra
| Emplacement | Ce qui est admis | Ce qui ne l'est pas |
|---|---|---|
| Entrée et rayons de parapharmacie | Vue d'ensemble pour prévenir les vols et identifier un agresseur | Champ débordant sur le trottoir (voie publique) |
| Comptoir de délivrance | Cadrage sur la zone de caisse et l'accès au tiroir | Plongée sur les ordonnances, les écrans ou le visage du préparateur en continu |
| Espace de confidentialité, orthopédie, cabine de mesure | Rien | Toute caméra |
| Armoire à stupéfiants, réserve, chambre froide | Caméra sur l'accès, finalité de protection des produits | Surveillance permanente du préparatoire |
| Salle de pause, vestiaire, toilettes | Rien | Toute caméra |
Les stupéfiants sont détenus dans une armoire ou un local fermés à clef (art. R.5132-80 CSP) : une caméra sur cet accès poursuit une finalité claire, à condition que son champ ne couvre pas en permanence le poste des préparateurs. Pour toute l'équipe, l'information individuelle est due avant la mise en service (art. L.1222-4 du Code du travail ; modèles dans notre guide sur la vidéosurveillance des salariés).
Les erreurs typiques en officine
- La caméra plafonnière au-dessus du comptoir, qui lit les ordonnances et les écrans : collecte de données de santé sans base légale.
- Le dôme installé pour couvrir « toute la surface », espace de confidentialité compris.
- La cession de l'officine sans nouvelle demande : l'arrêté est délivré à un responsable identifié, le repreneur doit régulariser.
- Les préparateurs informés à l'oral, sans note écrite.
- Le son activé « pour comprendre une altercation » : la captation sonore est exclue de la vidéoprotection.
- Le panonceau absent ou incomplet à l'entrée (voir notre guide du panneau d'information) et la conservation illimitée sur l'enregistreur (voir notre guide sur la durée de conservation).
Amende de la CNIL, peines du Code de la sécurité intérieure, images inutilisables après un vol : notre page Cas de non-conformité évoque une pharmacie dont les caméras, installées sans consultation du CSE ni information, ont dû être défendues jusqu'en cassation.
Ce qu'AFCV fait pour votre officine
- Audit des emplacements sur votre plan d'officine : espace de confidentialité, comptoirs, armoire à stupéfiants, angles de vue, masques.
- Dossier préfectoral : Cerfa n°13806, rapport de présentation adapté à l'officine, liste des caméras, plan de masse si une caméra filme la voie publique ou ses abords, plan de détail à partir de huit caméras (art. R.252-3 CSI).
- Panonceau conforme pour l'entrée et note d'information pour l'équipe officinale.
- Transmission à la préfecture et suivi : nous répondons aux services instructeurs jusqu'à l'arrêté, déclarons la mise en service et vous rappelons avant le renouvellement (voir notre guide de l'autorisation préfectorale).
Une AIPD n'est en principe pas exigée pour une officine indépendante. Tarifs : 390 € pour 1 à 3 caméras, 590 € pour 4 à 7 caméras, sur étude à partir de 8 caméras ou pour un groupement de plusieurs officines. Le paiement s'effectue sur la page Mise en conformité ; les prestations sont décrites sur la page L'offre AFCV.
Vérifiez votre officine en trois minutes
Le pré-diagnostic gratuit vous dit si votre installation exige un arrêté, si une caméra pose un problème de confidentialité et quel forfait s'applique.
Faire le pré-diagnostic de ma pharmacie ou contacter AFCV, notamment si vous reprenez une officine déjà équipée. D'autres réponses dans notre FAQ.
Questions fréquentes
Une pharmacie est-elle vraiment un lieu ouvert au public au sens de la vidéoprotection ?
Oui. Toute personne peut entrer librement dans l'espace de vente d'une officine : c'est un lieu ouvert au public, exposé aux vols et aux agressions. Les caméras qui le filment relèvent de l'autorisation préfectorale, dès la première. Seuls le préparatoire, la réserve et les locaux du personnel restent sous le seul RGPD.
Puis-je filmer le comptoir pour me protéger d'une contestation sur une délivrance ?
Le comptoir peut être filmé pour prévenir vols et agressions, avec un cadrage sur la zone de caisse. En revanche, une caméra qui permet de lire les ordonnances, les écrans ou d'identifier les médicaments délivrés collecte des données de santé et porte atteinte au secret professionnel. Le cadrage et les masques de confidentialité règlent ce point.
Mes préparateurs peuvent-ils s'opposer aux caméras ?
Ils ne disposent pas d'un droit d'opposition à un dispositif de sécurité proportionné, mais ils doivent être informés par écrit avant la mise en service et ne peuvent pas être filmés en continu à leur poste. Une caméra sur l'accès à l'armoire à stupéfiants est légitime ; une caméra braquée sur le préparatoire toute la journée ne l'est pas.
Je rachète une officine équipée de caméras : que dois-je faire ?
Demandez au cédant l'arrêté préfectoral et sa date. L'autorisation vise un responsable identifié : le changement de titulaire doit être porté à la connaissance de la préfecture et, en pratique, un nouveau dossier est souvent nécessaire. Si aucun arrêté n'existe, il faut déposer une demande avant de poursuivre l'exploitation du système.
Le pré-diagnostic gratuit vous situe en trois minutes. Mise en conformité clé en main dès 390 €, jusqu'à l'arrêté préfectoral.
Sources officielles
- Code de la sécurité intérieure, titre V Vidéoprotection (lieux ouverts au public, autorisation, conservation, sanctions)
- Code de la santé publique, art. R.5125-9 (aménagement de l'officine, espace de confidentialité)
- Code de la santé publique, art. R.5132-80 (détention des stupéfiants)
- Ordre national des pharmaciens – Bonnes pratiques de dispensation (confidentialité, secret professionnel, art. R.4235-5 CSP)
- CNIL – J'installe des caméras dans mon commerce, quelles sont les règles ?
- Code du travail, art. L.1222-4 (information préalable des salariés)
Informations à jour au 25 septembre 2026, données à titre informatif : elles ne remplacent pas l'analyse de votre situation par un expert.




